Et le chamanisme fut ma réponse… Aux pieds des montagnes sacrées du Pérou, rencontre avec un chaman andin.

Purification dans un lieu sacré Inca

Arrivée à Cuzco, j’ai hâte. J’ai hâte de découvrir cette ville emblématique, cette ville remplie de mystères à l’autre bout de la terre. Qui n’a jamais entendu parler de Cuzco, des Incas, du Machu Picchu et des autres merveilles qu’abrite cette vallée sacrée située au coeur du Pérou ?

Lorsque je quitte la zone de l’aéroport et que mon taxi m’emmène, tout en apercevant ce début de vie, je n’ai pas l’impression d’être à des milliers de kilomètres de chez moi. Je suis un peu déçue… Je ne sens pas encore le dépaysement que m’apporte habituellement mes voyages en Asie. Je découvre des rues et des couleurs qui peuvent me faire penser à la France, à l’Espagne, et lorsque j’entre ouvre la fente de ma vitre et que j’entends les gens parler en espagnol, j’arrive en Espagne. J’oublie que j’ai pris l’avion et survolé l’atlantique et le brésil. J’oublie que j’ai contemplé et admirer la grandeur de la forêt amazonienne et que je suis ici, dans ce pays, dans cette ville dont j’ai tellement rêvé en regardant des documentaires ou en lisant « La prophétie des Andes »…

Mais, en observant bien, j’aperçois des couleurs, des chapeaux melons et les larges jupes typiques des Péruviennes. Et enfin, je réalise. Je suis ici, au Pérou, à Cuzco et je vais marcher sur les traces des Incas !

J’entame cette marche en retrouvant Don Justo Apaza qui est un Paqo de la nation Qero, un chaman andin. A ce moment, je ne le sais pas encore mais Don Justo deviendra, moins d’une année plus tard, un maître spirituel pour moi.

Je suis heureuse de le retrouver, car je l’ai rencontré il y a à peine deux mois dans mon pays. Il était venu y passer quelques semaines, sur l’invitation d’un chamane belge, pour rencontrer ses frères et soeurs du nord, comme il le dit. Quand il vient, on lui demande de faire des soins, des lectures de feuilles de coca, des cérémonies,… C’est lors d’un Despacho (cérémonie d’offrandes pour la Pachamama – la Terre-mère) que je l’ai rencontré. Nous avons marché dans une forêt sacrée en Belgique et j’ai découvert la magie et la puissance de ce gardiens de la terre.

Aujourd’hui, je suis heureuse car je vais vivre trois jours avec Don Justo et je sais que ces trois jours seront exceptionnels. Ce que je ne sais pas encore c’est que s’est ici que commence mon initiation. Cela fait des années que je cherche ma voix et, depuis quelques temps, j’ai trouvé dans le chamanisme une réponse. Ma profonde connexion avec le vivant et mon amour pour la terre était la clé. Mes trois prochaines journées seront consacrées à me préparer. Je vais être purifiée, mes chakras vont être nettoyés et alignés. Nous allons faire appel aux Apus (esprit des montagnes sacrées), aux quatre directions et aux animaux de pouvoir afin de me protéger, de me guider et d’honorer la Pachamama.

Lors de cette première journée, nous partons dans un endroit sacré et secret de la nation Qero, descendants directs des Incas. Don Justo est venu me chercher avec un ami qui nous servira de chauffeur. Dans la voiture, je découvre mon maestro en habit de ville. C’est étrange de le voir comme cela, j’ai l’habitude de le voir avec ses habits de Paqo. Où était donc passé son poncho et son chullo (bonnet péruvien) ? J’ai même eu un peu de mal à le reconnaître. En civil, il ressemble à un péruvien pas bien différent des autres. Mais c’était bien lui, son sourire, son accueil, son espagnol pas très sûr et sa belle énergie ne pouvait pas me faire hésiter plus longtemps.

Nous voilà parti vers cet endroit mystérieux et sacré. Je plonge dans mes pensées et essaie d’imaginer. Encore une fois, mais je ne le saurai que plus tard mais je suis bien loin du compte. Je ne pouvais pas imaginer un tel endroit, une telle énergie ancestrale, un tel calme et cette profonde paix.

Dans la voiture, Don Justo parle avec son ami. Je ne comprends rien, déjà que mon espagnol est rudimentaire mais là ils parlent en Quechua. Que peuvent-ils bien se dire ? Je ne le saurai jamais. De quoi parle un chamane avec ses amis ? Peut-être est-il simplement comme tout le monde, il demande des nouvelles de la famille, parle des enfants, du temps qu’il fait… ? C’est une drôle de sensation que d’être dans un pays étranger, dans une ville étrangère, d’entendre une langue que l’on ne comprend pas et ainsi être transporté dans une voiture à la destination inconnue. Personne ne sait où je suis, ni avec qui et encore moins où je vais car même moi je ne le sais pas. Quel sentiment étrange…entre excitation et appréhension mais en total lâcher prise. Je ne suis plus au commande, je m’en remets à Don Justo et à mes guides.

Nous avons roulé une bonne heure, quittant d’abord le centre de Cuzco, puis les faubourgs de la ville et enfin, nous avons montrer, montrer, montrer, encore et toujours plus haut dans la montagne. Je regarde par la fenêtre et je vois cette vie, cette ville, ses habitants dont tout m’est étranger. Quel est leur quotidien, quelles sont leurs conditions de vie, quelles sont leurs valeurs… je pense à tout cela pendant que nous continuons à montrer. Les routes deviennent de plus en plus petites et nous voyons, par si par là, devant les rares maisons que nous croisons des cochons couchés sur la rue, des chiens, des moutons, des lama, des alpagas… La végétation commence à se faire plus rare et finalement, nous arrivons. Cuzco est à 3400m d’altitude, ici nous devons être à 3800m. Il y a encore de l’herbe et quelques arbres mais l’air se fait plus rare et la marche qui s’annonce, dans les montagnes, risque d’être éprouvante par le manque d’oxygène. Déjà à Cuzco, je dois souvent reprendre mon souffle dans ses rues sinueuses et pentues, ici sa risque d’être encore un peu plus essoufflant. Mais je ne peux prétendre vouloir être initiée aux mystères Qeros sans me frotter à l’altitude. Je vais devoir l’apprivoiser car l’altitude fait partie intégrante de la vie des péruviens et encore plus de la nation Qero. Cette nation qui a pu échapper à l’envahisseur espagnol en restant cachée, à plus de 4600m, dans leurs montagnes sacrées. Les 3800m d’ici, s’est du gâteau pour eux. 

Finalement, nous allons marcher une bonne heure mais en descente. Et plus nous descendons, plus je pense à la difficulté de la remontée. Transportée par mon exaltation, je finis par oublier la marche pour me connecter avec la nature avoisinante. Sur le chemin, beaucoup d’éléments peuvent passer inaperçus si on ne sait pas où regarder. Entre autre, à un moment, nous devons passer entre deux grosses pierres. Don Justo me fait remarquer qu’elles ont la forme de la chakana. La chacana est la croix andine, sa signification réelle est millénaire et en fait l’essence même des croyances alimentant toute la cosmologie andine. Le symbole de la Chacana se retrouve tout au long de la Cordillère des Andes. C’est un symbole très fort et le fait de la croiser, aujourd’hui, sur le chemin qui nous conduit dans le lieu sacré inca me touche et me parle.

Nous descendons toujours, nous sommes en pleine nature et nous sommes seul. Au loin, j’entends le bruit de l’eau. Pas le bruit d’un torrent mais le bruissement d’une petite rivière active. Je l’entends mais je ne vois toujours rien. La descente est abrupte et Don Justo, qui lui se déplace joyeusement en jouant de la flûte, doit m’aide pour ne pas que je trébuche entre les grosses pierres, le sol glissant et la pente raide. Nous nous engageons dans un petit sentier et tout d’un coup, sous mes pieds, je me retrouve dans un autre monde. Un petit oasis de paix, entouré des montagnes, dans une gorge profonde, et où coule, au milieu, un petit ruisseau peu profond. J’en perd le souffle lorsque sur ma gauche, j’aperçois une grotte. Une immense entrée de grotte en forme d’oreille d’où s’écoule le ruisseau. Un monde préservé de l’homme, un monde à l’écart des cartes, un endroit que seul les anciens connaissent et en gardent la localisation précieusement secrète.

Don Justo me laisse quelques minutes pour observer et m’imprégner de l’endroit. Il m’explique que c’est ici que les ancêtres de sa lignée veinent de générations en générations pour se purifier et demander conseille à l’esprit de l’eau.

On s’assied à même le sol, nous n’avons qu’un petit mètre par personne car la petite berge est coincée entre la montagne et l’eau. Je prends place sur une grosse pierre et Don Justo, lui s’accroupi. Il ouvre son sac et en sort tous les éléments pour faire un petit autel. Il dispose sa mesa (son sac médecine), des feuilles de coca et des fleurs. Il ouvre une petite bouteille contenant un liquide précieux, L’agua de Florida. Il s’agit d’une eau de Cologne à base d’huiles essentielles que les chamans utilisent dans les rituels et les cérémonies. Il m’en mets quelques goûtes dans la main et m’explique que je dois me frictionner les mains avec, respirer profondément trois fois et ensuite me frotter le dessus du crâne. Je connais l’agua de florida, elle a un parfum envoutant, puissant, qui a la faculté de te faire revenir ici et maintenant. Il m’ancre, tous mes sens sont en éveils même si j’ai le bout du nez qui gratte tellement l’arôme est puissant.

Après cette purification, il me tend trois précieuses feuilles de coca. Chacune d’elle représentant les trois mondes. Hanan Pacha – Le monde d’en haut représentent les étoiles, la lune, le soleil, les nuages et la brume, Kay Pacha – le monde du milieu (les animaux, les humains, les APU – les esprits des montagnes) et Ukhu Pacha – le monde d’en bas (où on envoie les énergies lourdes qui peuvent être transformées). Il est important pour les Qeros de réunifier les trois mondes car chacun a besoin de l’autre et il doivent coexister en harmonie et en équilibre. Il n’y a pas un monde meilleur, le meilleur des mondes consiste en l’harmonie des trois. Nous prions pour l’équilibre, et avec un pétale de fleur, un peu de vin, nous enterrons notre petite offrande pour la Pachamama.

Il fait un peu froid, je me demande ce que Don Justo va faire. Il enlève ses chaussures et m’invite à faire de même. Bien que j’ai une profonde connexion à la nature, l’idée de mettre mes petits pieds dans la boue ne m’existe pas vraiment mais j’obtempère. Le sol est froid, un peu boueux et il y a plein de petits cailloux qui piquent la plante des pieds nue. Je me dis que ça ne va pas être simple de remettre mes chaussettes et mes chaussures après cela, je me dis qu’il aurait pu me prévenir et j’aurai pris en essuie. Je sens que je me laisse emporter, que je pourrais glisser dans la colère et je me résonne. Je suis dans le lieu extraordinaire et je râle pour des pieds sales… quelle blague !

On se lève et Don Justo me demande de bien relever mes pantalons et le suivre vers la grotte. L’eau est gelée, sa glisse, mes pieds sont comme électrifiés, je ressens des petites déchargent et un engourdissement. Nous avançons prudemment, le Maestro me donne la main, il est attentif et prend soin de moi. Juste avant l’entrée de la grotte nous nous arrêtons et Don Justo me demande d’abaisser un peu la tête. Il a pris avec lui un gros bouquet de fleurs aux petites pétales jaunes (des fleurs purifiantes) . Il trempe les fleurs dans la rivière et me tapote tout le corps avec. C’est froid, j’ai le souffle coupé mais je sens l’intensité de ce moment. Il récite en Quechua des prières et sa voix avec le tapotement humide et froid des fleurs me bercent dans une autre dimension. Les yeux clos, j’ai oublié que j’étais les pieds dans l’eau froide, que j’étais entièrement trempée… Le temps a cessé d’avancer et j’ai vécu un de ces moments suspendu dans le temps. Je ne formais plus qu’une avec la nature qui m’entourait, avec l’eau qui ruisselait sur mon corps, et je me suis fondue dans le tout.

Plénitude.

Même si je voulais que ce moment dur éternellement, Don Justo me ramène dans la réalité et me demande de lui suivre à l’intérieur de la grotte. Nous entrons par un étroit passage, juste assez grand pour qu’une personne si faufile. L’eau arrive à mes genoux, il fait noir et puis en un instant, je me retrouve aveuglée par le soleil qui perse à travers la grotte. La salle est relativement grande, 5 à 6 mètres de haut. Il y a des pierres partout, des petites et des plus grosses. Sa raisonne. Don Justo fait encore quelques prières, remercie, se lave la tête dans l’eau et invoque les esprits, les dieux pour qu’ils me purifient et que je puisse renaître en sortant de la grotte. Je prie. Je demande. J’implore de m’accueillir et de me soutenir dans cette nouvelle vie.

Nous ressortons. Retour à la réalité.

Je suis exaltée, mon coeur est en fête et je suis tellement reconnaissante pour cette tranche de vie que je viens de vivre. J’en oublie mes chaussures et mes chaussettes. J’ai envie de rester encore un peu mais Don Justo me dit que nous allons aller au soleil pour méditer et nous réchauffer. Quelques mètres plus haut, dans les hautes herbes, nous nous allongeons. Face au soleil, je rêve et commence seulement à prendre conscience de ce que je viens de vivre. Je médite la dessus. J’ai le coeur ouvert, les sens en éveillent et je suis plus vivante de jamais.

Le soleil me réchauffe et c’est bon. Je ne forme plus qu’une avec lui et la terre sur laquelle je suis allongée. Mes doigts grattent le sol, j’ai envie de me fondre dans la terre, dans le tout. Je ne sais pas combien de temps nous restons comme cela. Car le temps avait cesser.

En joie, j’ai entamé la très dure remontée. Les airs de flûtes de Don Justo m’accompagnaient et tout dansait en moi.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

You are commenting using your Google account. Déconnexion /  Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s